Blood

Fantomette, un soir de novembre nous raconte…

Rain – Pluie – Nuit

Un torrent d’humains déchaînés et vomis par brassées déferle subitement de part et d’autre des rues étroites de la City pour vite s’engouffrer dans les métros, les bus, les trains, les taxis, assoiffés de retrouver un peu de paix – peut être – en rentrant chez eux… ou Dieu sait où encore…

Pas le temps de regarder – et encore moins de VOIR – ça file – ça file – ça file – hypnotisés par les téléphones portables et autres cordons ombilicaux de substitution – et la pluie accélère la cadence de cette masse uniforme et sans âme qui court à l’aveuglette vers quelqu’oasis virtuels – et ce grand courant m’emporte avec lui vers la bouche de métro prête à m’engloutir dans sa gueule grande ouverte telle la baleine de Pinocchio…

Mais ce soir : je freine – je résiste – et la baleine-métro me recrache dans la rue comme un petit plancton indigeste : je me retourne face à cette foule affolée et, à petits pas, remonte le courant avec peine, penchée comme un sherpa face au vent dans la montagne.

Ce soir – pourquoi ce soir ?

Je remonte le courant car depuis plusieurs jours, je passe – engloutie moi aussi par le gros banc de sardines ahuries – devant cette jeune femme – trop jeune – femme – qui mendie devant la pharmacie.

Retourner vers elle – dans la nuit – sous la pluie.

Je m’arrête enfin – et la marée humaine – contrariée dans son cours – finit par me contourner en pestant – sans cesser sa course folle vers le RIEN.

Qui est-elle – posée là – dans la rue – comme un petit phare qu’on ne voit pas?

Je n’ai pas le temps de réfléchir – penser – composer : plantée penaudement devant elle – et bousculée encore par quelques dernières sardines égarées – je demande simplement : « what do you need? « . On laisse tomber les fioritures de syntaxe et on pare au plus pressé : on est dans le vital – le brut – le basic.
Je me penche doucement vers elle pour écouter sa réponse timide car elle me fait comprendre qu’elle a des problèmes d’élocution : je me penche un peu plus encore et la réponse tombe – elle aussi – immédiate – brutale et précise : elle a besoin de serviettes hygiéniques. Oui – les règles – le sang – la VIE.

Cette réponse et toute sa symbolique me percute de tout son poids – je me redresse sous le choc de la VIE et cours lui acheter ces quelques grammes de confort et de douceur que négligemment nous jetons mensuellement dans nos caddies avant d’entamer le rayon produits frais.

Elle serre le paquet contre elle comme un petit trésor et me donne en retour un doux sourire de pluie.

Son prénom?

Naomie.

Naomie
Sous la pluie
la nuit
Qui saigne et crie sans bruit

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